Pêche et filets : la complémentarité des hommes et des femmes dans la mer libanaise septentrionale

« Ici c’est tout à fait normal. Beaucoup de pêcheurs ont à la maison quelqu’un qui fait les filets. Les femmes, les filles… des qu’elles sont petites. Il a toujours été comme-ça » ; « les hommes travaillent ici au porto, les femmes dans les maisons mais les deux activités sont importantes et complémentaires ». A prononcer ces mots sont des messieurs que l’on peut rencontrer chaque matin et jusqu’à l’heure du déjeuner au port de Aabdeh. Il s’agit d’une localité à nord de Tripoli (Trablous en arabe), dans le district de l’Akkar, qui donne sur la mer et limitrophe de la ville de Bebnine, qui s’éloigne vers l’intérieur.

donna anziana nella sua casa
il mukhtar

Bebnine et Aabdeh

L’un de ces messieurs est le mukhtar de Bebnine et il est appelé par tout le monde avec ce titre honorifique. Le mukhtar est aussi le raïs du port, représentant des pêcheurs de Aabdeh, leur point de repère aussi bien que celui qui gère les enchères qui ont lieu tous les matins au marché du poisson.

Si l’on passe une entière matinée à Aabdeh, on apprécie tout de suit la mesure dans laquelle le mukhtar est respecté, et peut-être aussi craint, par tous ceux qui viennent au port, soient-ils des pêcheurs, des propriétaires de restaurants, des commerçants, des vendeurs ambulants de café, des chauffeurs ou même des coiffeurs.

Son fils, qui a pris la place de son père dans la conduction de leur activité d’achat-vente du poisson, de provenance du port de Aabdeh mais aussi de la Syrie, de la Turquie, de l’Egypte, de la Sierre Leone et de l’Inde, me raconte que les espaces du port, y compris ceux dans lesquels les enchères se déroulent, ont été reconstruits grâce aux financements d’une ONG en 2005, juste avant la guerre. Le toit du marché du poisson de Aabdeh a éclaté à cause d’un missile jeté sur l’Armée Libanaise. Alors une autre ONG a promu de nouveaux travaux de restructuration.

il mercato del pesce

En outre, Bebnine et les localités aux alentours c’est aussi où on eu lieux les émeutes déclenchés en novembre du 2007 entre les membres du mouvement Fath al-Islam, qui s’était installé à l’intérieur du camps palestinien Nahr el-Bared, et l’Armée Libanaise, qui ont provoqué ultérieurs dommages.

il porto di aabdeh

Le mukhtar et les autres élégants messieurs sont assis sur des chaises en plastique à l’ombre d’une sorte de cabane sur le quai du port, bavardent et discutent entre eux tout en buvant du café arabe et fumant une cigarette après l’autre. Ils me présentent le port de Aabdeh en tant que le plus grand port de pêcheurs de tout le Liban, avec ses 260 bateaux environs et le millier de personnes qui y travaillent. Parmi celle-ci, il y a aussi de palestiniens, s’installés au Liban depuis des années, qui habitent dans les camps de la région.

Il sont beaucoup les jeunes et très jeunes pêcheurs que l’on peut rencontrer et voir au travail sur leurs bateaux ou sur le quai tout en arrangeant les filets. On dirait que dans les port du Liban septentrional, à Tripoli comme ici à Aabdeh, celle chaine de transmission de la profession, du savoir-faire et du bateau qui dans le sud semble s’être interrompu ou au moins être mis fortement en discussion, a apparemment une assez de valeur et de force. Un jeune garçon connu dans le marché du poisson en est un exemple. En effet, il a laissé il y a quelque mois sa ville natale dans l’intérieur du Pays pour rejoindre les oncles et apprendre le métier avec eux sur leurs quatre bateaux amarrés au quais du port de Aabdeh. C’est une profession qu’il n’aime pas mais, paraît-il, il n’a d’autre choix.

bambino all'asta del pesce
ragazzino all'asta del pesce

La plupart de garçons et des enfants que l’on voit au port, ils me disent, sont les fils des pêcheurs et fort probablement des futurs pêcheurs professionnels eux-mêmes. Cependant, certains d’entre eux sont des enfants libanais ou syriens qui travaillent au port pour gagner un peu d’argent et aider leurs nombreuses familles.

Les pêcheurs – âgés, adultes, adolescents et enfants – travaillent aussi sur les plages, où on peut les regarder étendre les grands filets et sélectionner le poisson bons de celui qu’ « on ne mange pas et on ne vende pas ». Les filets, en particulier, nécessitent d’une entretien constante, longue et fatigante. C’est un travail qu’il faut faire chaque jour, pour éviter que le filet s’abîme irrémédiablement.

bambini al lavoro sulla spiaggia
uomini e reti sulla spiaggia

Sur le quai aussi bien que sur les plages, les hommes s’occupent des filets plus grands et lourds. Le mukhtar m’invite plusieurs fois à prendre des photos parce que, il me dit avec conviction, ces images sont sans doute plus intéressantes et significatives de n’importe quelle photographie prises dans les espaces privés des maisons, le royaume des femmes, même de celles qui travaillent pour o avec – selon les deux interprétations possibles – leur mari.

Le port est alors encore une fois un espace exclusivement masculin. Il peut arriver que un père ou un grand-père soient accompagné par leur fille ou petite-fille, mais même dans le cas de ces passages fugaces la présence féminine est faible. Par contre, les femmes travaillent dans les maisons, « fuq », « en dessus » il me disent.

reti al porto

Et non pas seulement à Bebnine. Le mukhtar et ses camarades m’expliquent que les femmes qui vivent dans la région sont engagées dans cette profession non officielle depuis toujours, comme s’il s’agissait d’une tradition bien ancrée, qui caractérise cet ici qui se oppose au là-bas de Sour, ville dans laquelle, comme je l’explique à mes interlocuteurs, j’ai commencé mes recherche et qui devient même dans leurs discours le titre de comparaison.

confine

Aarida

C’est tout à fait dans une autre localité que le mukhtar m’amène dans le but de voir certaines de ces femmes au travail dans leurs maisons. Le village s’appelle Aarida et il se trouve sur la frontière avec la Syrie, sur la rive libanaise du fleuve Nahr al-Kabir al-Janoubi. Il s’agit d’un petite centre, dont les habitants se dédient surtout à l’agriculture et à la pêche et les femmes aussi sont engagées dans l’un des ces secteurs.

Les femmes, alors, sont dans les champs ou bien dans les maisons à coudre les filets de pêche que leurs maris, frères et fils utiliseront en mer. D’autres professions ? Ils me répondent avec un « non » ferme et rigolant : au mieux il peut y avoir quelque femmes qui fait le maquillage pour les épouses en occasion des mariages qui se célèbrent dans le village.

padre e figlia

Le mukhtar rencontre un pêcheur d’Aarida et les deux m’accompagnent dans une première maison ou, plutôt dans un espace consacré au travail. La véritable maison du pêcheur et de sa famille est au premier étage, tandis qu’en face il y a la maison des frères et de leurs familles. D’ailleurs, c’est très commun de se distribuer dans les étages d’un même bâtiment et dans des édifices voisins, tout en gardant uni l’entier groupe familial, partageant les espaces communs et souvent même les espaces privés.

famiglia al lavoro

Le pêcheur et ses frères travaillent ensemble ainsi que les femmes de cette famille élargie, divisées en deux espaces pour accomplir leur travail. Assises par terre sur des coussins, les jambes croisées, ces femmes passent chaque jour environ deux heures à faire les filets. Les pêcheurs achètent le matériel à Tripoli ou à Beyrouth et après il revient aux femmes de l’assembler. Chaque filet demande environ quatre heures de travail, c’est-à-dire deux jours, pour ces mains désormais si expertes et rapides.

D’ailleurs, elles font ce métier depuis qu’elle sont très petites. Elles sont nées dans de familles de pêcheurs : leurs pères, oncles, frères et, plus tard, leurs mari étaient et sont des pêcheurs et souvent leurs mères aussi faisaient ce travail dans leurs maisons. Même ici il y a la fille de l’une des femmes engagés dans la construction des filets. Elle observe les gestes qu’il est probable qu’elle aussi devra répéter jour après jour. Entre-temps, elle prépare les fusées que la mère et les autres femmes utiliseront.

madre e figlia
giovane donna

Les supports utilisés pour soutenir les filets en construction sont des objets d’usage commun, des tabourets et des petites chaises reversés, par exemple, ainsi que l’espace no semble pas nécessiter d’une prédisposition stable et tous les éléments présents sont facilement amovibles. C’est aussi pour cette raison qu’il s’agit d’une activité qui peut être accomplie dans les espaces ménagers.

En fait, ce même pêcheur amène le mukhtar et moi dans une autre maison où la femme et la fille d’un collègue pêcheur font le même travail. Mais cette fois-ci elle le font dans le salon de la maison. Aussi dans ce cas les supports utilisés sont des objets nés avec d’autres fonctions et adaptés à ce but. Alors que dehors, dans la court, des hommes et des garçons séparent les parties récupérables d’un filet, qui a été pour cela attaché à un arbre, de celles qui sont irrémédiablement abîmées, les femmes de la famille travaillent à l’intérieur de l’habitation.

salotto
mani

Le dos s’appuyant sur le canapé, assises sur un cuisson, la femme de ce pêcheur s’occupe de son filet. En face d’elle il y a sa fille, engagée dans la même activité. Les deux démontrent une incroyable facilité dans l’exécution des gestes qu’elles ont appris depuis des années et qu’elles répètent quotidiennement. En rigolant, le vieil pêcheur le compare à des voiture : « Elle est une Mitsubishi », il dit, par exemple, en se référant à sa fille, à ses mains rapides et à ses agiles doigts.

Questo post è disponibile anche in: it

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *