Les trois premiers jours de recherche

Jours 1, 2, 3 : Sète – Bouzigues, Loupian et Mèze

« Daurade, baudroie, pulpe, anchois, rouget, loup (bar), la vente du poisson était majoritairement faite per les femmes à même le quai » C’est ce qu’on peut lire sur le panneau explicatif du «Port des pêcheurs» de Sète. Le port se serait donc vidé de sa présence féminine historique et caractéristique, représentée par les femmes des pêcheurs.
En effet, aujourd’hui le port de Sète semblerait s’être vidé de toute présence féminine, s’établissant une fois pour toutes exclusivement en tant qu’espace masculin.

Il n’y a qu’une exception: une jeune femme, un morceau de papier et un stylo à la main, elle passe d’un bateau à l’autre, salue les pêcheurs avec trois baisers sur les joues, bavarde un peu avec eux, puis prend des notes et s’en va.

Elle aussi, elle me dit, « travaille dans la pêche », mais dans un secteur totalement différent. Sa tâche est en effet de collecter des données statistiques sur la pêche, qui seront analysés par un institut de recherche et qui seront transmis à l’Etat et, finalement, à l’Union Européenne : quantité et type de poisson, lieu de capture, technique et typologie de filets. Ça fait quatre ans qu’elle fréquente le port tous les jours : maintenant les pêcheurs la connaissent bien et elle aussi a appris à les connaître Les relations sont bonnes, même s’il est important de comprendre quand l’humeur des pêcheurs est noire car la pêche a mal tourné.

« D’autres femmes au port? Il n’y en a pas – dit elle avec confiance – Les femmes des pêcheurs ont leur activité à elles. Il y en avait, mais maintenant elles sont à la retraite ». Et puis, confirme-t-elle, maintenant la vente du poisson a lieu à la Criée, le marché aux poissons, non loin du port : « A partir de 1967, elle se déroule à la Criée, la première informatisée d’Europe ». C’est peut-être ici que l’on peut trouver des « pêcheuses », des femmes qui, en réalité, devraient être considérées comme des commerçantes, achetant du poisson en gros et le vendant ailleurs.

Espaces féminins

Où alors? Où est-il possible de retrouver la présence féminine dans les espaces de travail de Sète? Sans doute aux Halles, le marché couvert de la rue Gambetta. Divisé en sections – viande, fromage, fruits et légumes, poissons et crustacés – le marché couvert de Sète se remplit surtout le week-end et le mercredi, le jour où les ruelles environnantes se remplissent aussi de stands de producteurs locaux.

Sur certains stands du secteur dédié à la vente de poissons, de crustacés et de mollusques, parmi lesquels se distinguent les très célèbres huîtres de Bouzigues, on peut lire « du producteur au consommateur », pour souligner le fait que ces produits n’ont pas simplement été achetés à la Crièe, mais ils ont été pêchés et « cultivés » personnellement par le patron pêcheur, par ses ouvriers et parfois par sa femme et d’autres ouvrières.

Sur les marchés
Et en effet, la présence féminine derrière les stands des Hallesne peut être plus évidente. Une « femme de pêcheur » m’avoue qu’en réalité beaucoup d’entre elles ne sont que des employées, de simples vendeuses, ou commerçantes, dont les produits ont donc été achetés en gros. Les femmes dans sa situation, femmes de pêcheurs ou de mytiliculteurs, sont désormais plutôt rares: « Quand j’ai commencé, il y en avait beaucoup, presque nous toutes étions femmes des pêcheurs. Mais maintenant beaucoup d’entre elles ont pris leur retraite »

Elle a commencé vers l’âge de vingt-cinq ans, avec son mari, originaire de Toulouse qui, tombé amoureux de Sète, où il allait en vacances, et de la vie des pêcheurs, a décidé d’acheter un bateau. C’est comme ça que sa femme aussi a fait sa rentrée dans le secteur. Aujourd’hui, son mari part en mer avec leur fils, tandis que sa fille, une étudiante en marketing, va de temps en temps pour aider sa mère au marché, quand il est nécessaire.

La collègue du stand d’en face, m’explique-t-elle, est une autre « femme de pêcheur » ou, dans son cas, d’un éleveur de moules e d’huitres. Mais le mercredi est une journée difficile, trop de monde et trop de travail. Elle me dit de revenir demain matin : le jeudi est certainement une journée plus calme et nous aurons une chance de parler.

C’est ce que d’autres vendeuses me disent aussi. Dans certains cas, leur nom apparaît sur le signe du stand, parfois seul – Nicole, Valérie … -, parfois accompagné de celui de leur mari. Dans d’autres cas, le signe ne montre que le nom de producteurs masculins. Mais elles sont là quand même, depuis cinq heures du matin jusqu’à une heure de l’après-midi, et ça vaut vraiment la peine de leur parler.

Dans le masUn jeune travailleur se propose de m’expliquer comment fonctionne leur travail au mas – « maison de campagne » d’après le dictionnaire, mais dans ce cas, nous devrions dire plutôt maison du lac » – sur les rives de l’Etang de Thau, où ont lieu l’élevage et la production des moules et des huitres qui sont vendues aux Sétois et aux touristes. De Bouzigues à Marseillan, en passant par Loupian et Mèze, il y a une série de maspresque ininterrompue.

Au large, l’Etang est bondè des tables d’où penchent les cordes de six mètres de longueur, sur lesquelles les précieuses huitres se multiplient et grandissent, en passant par un calibre minimum (quatre) jusqu’au calibre maximum (zéro) et, par conséquence, à une grandeur et une qualité excellentes. Dans sa voix il est possible de découvrir toute la passion qu’il faut avoir pour faire ce métier « qu’on ne peut pas expliquer dans une journée ».

Sans doute, il est vrai que, comparées aux centaines de patrons pêcheurs travaillant dans le bassin de Thau, les femmes ayant ce même statut professionnel sont une minorité et il est probable que, comme le suggère Philippe, l’un des patrons pêcheurs propriétaires d’un stand au marché de Sète, celles-ci ont pu atteindre leur position grâce à la mécanisation et l’automatisation d’une grande partie du travail qui était autrefois manuel.

En même temps, il est important de se souvenir du grand nombre de ces femmes qui travaillent en tant qu’ouvrières ou qui s’occupent de la vente directe. Le gars que j’ai rencontré aux Halles me parle, par exemple, d’Anita, la décrivant comme une « machine de guerre », une femme forte et une grande ouvrière.

A l’occasion d’une première exploration de l’Etang, de Bouzigues jusqu’à Mèze, j’ai pu observer certaines de ces femmes au travail. Parler avec elles semble particulièrement difficile : lorsqu’on les rencontre, elles sont au travail, et après le travail, elles sont obligées de rentrer en courant chez elles pour s’occuper de toutes les autres taches qui appartiennent au sexe féminin. L’une de celle qui m’ont donné quelques minutes, par exemple, aurait dû aller chercher ses petits-enfants à l’école : ce sont les enfants de l’un de ses deux fils, maintenant propriétaires de l’entreprise héritée de leurs arrière-arrière-grands-parents. Pourtant, des pauses existent, ainsi que des moments dans lesquels on est moins pressées.

Certaines femmes ont accepté de me rencontrer et de me parler de leur expérience: nous avons juste besoin de trouver le bon moment. Avec un tas d’invitations et de numéros de téléphone, il s’agit maintenant d’organiser les prochains jours de recherche de la manière la plus cohérente et la plus fonctionnelle possible. En même temps, étant donné que le modèle d’entrevue qui semble pouvoir s’imposer est celui d’un entretien sur le lieu de travail, il pourrait être utile de redimensionner le modèle d’entrevue, en hiérarchisant davantage les questions et en multipliant les sorties de terrain.

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